Enfance à la campagne en Picardie, école des Beaux Arts d’Amiens ; céramiste de 1970 à 1980 ; se tourne vers le textile, les matériaux récupérés ; Réalise des scénographies pour le Théâtre. À partir de 1994 son travail est issu de rencontres avec des lieux, leurs occupants… Rencontre les Saharaouis en 1996.."
Cofondatrice de La Forge avec Alex Jordan, Eric Larrayadieu et François Mairey en 1994, réalise des projets ancrés sur les territoires et provoquant le débat public. Rencontre entre autres, sur ces projets, Bernard Lubat(Public/privé*), Annie Cohen (Mille et un Bocaux *), Bernard Noël (Bords de Guerre), Leslie Kaplan (Quelle vie*), Denis Lachaud (FéesDiverses*).
(*) projets réalisés avec le collectif La Forge
"Mes différents travaux prennent en compte la notion de territoire et la population qui l’occupe :
Entre 2002 et 2005 j’ai interrogé les femmes méditerranéennes qui vivent en France pour produire avec La Forge « Mille et un bocaux ».
En 2003 j’ai travaillé sur le site d’un Centre de rééducation motrice avec le matériaux du lieu, le plastique à mémoire et le personnel qui l’utilise.
J’ai interrogé des femmes incarcérées (exiguïté du territoire) pour produire une installation sur cette situation.
J’ai travaillé dans l’Essex avec des étudiants paysagistes.
J’ai proposé, avec La Forge, à des femmes du Vimeu de participer avec leur savoir faire à la réalisation d’une œuvre « les chaises ».
L’an dernier j’ai réalisé, avec un musicien, un « oratorio » avec les élèves de la Maison familiale rurale de Clairfontaine après la rencontre des fermières de la Thiérache du centre. (avec LaForge)."
Philippe Sauvant-Magnet :
Marie-Claude Quignon est une artiste dont l'œuvre et la démarche sont profondément enracinées dans la collaboration et le dialogue avec des communautés diverses. Ses projets transcendent les simples interactions pour devenir des œuvres d'art riches de sens et d'humanité. Chaque projet est le reflet d'une rencontre unique, transformant les expériences vécues en créations artistiques.
En travaillant avec des groupes aussi variés que les résidents des quartiers d'Amiens-Nord et d'Étouvie, des mineurs du Nord de la France, des employés d'EDF dans la Somme et à Avignon, des vacanciers dans le Var, des paysagistes de l'Essex, des enfants handicapés dans l'Oise, la communauté du Familistère de Guise, de futurs agriculteurs en Thiérache, des détenues de la Maison d'Arrêt d'Amiens, des réfugiés d'un camp Sahraoui, des bénéficiaires du RMI, des femmes méditerranéennes, sans papiers, et des réfugiés palestiniens, Marie-Claude Quignon fait de chaque collaboration une source d'inspiration pour réinventer ses pratiques artistiques.
Cette capacité à embrasser et à valoriser les histoires individuelles et collectives, à travers le prisme de son art, souligne une démarche artistique ouverte et évolutive. Quignon ne se contente pas de capturer la réalité sociale et culturelle de ses interlocuteurs ; elle engage un dialogue créatif où l'art devient un langage commun, un espace d'échange et de transformation. Ses œuvres, en résultant, sont imprégnées d'une profonde humanité et d'une authenticité rare, témoignant de la richesse des expériences humaines à travers le spectre social et culturel.
2024 -Concept Store Gallery La Baule
M.Gaillard UPJV Amiens 2016 :
L'artiste Marie-Claude Quignon est née en 1949 à Amiens. Formée à l'école régionale des Beaux-Arts d'Amiens dans les années 1960-1970, elle choisit le parcours céramique qu'offre l'école. Issue d'une très ancienne famille de gressiers -les Quignon furent des Maîtres de la Confrérie Notre-Dame du Puy d'Amiens au XVIIe siècle -, elle fut entourée, enfant, par le travail de la terre et de la chaux. Elle se rappelle avoir réalisé de petits modelages d'argile, chutes de la confection du torchis. Saisissant cet intérêt précoce pour la terre, la confection d'objets et la céramique, ses parents lui offre des livres sur le travail de l'argile. Le don d'un four à céramique salue sa sortie de l'École Régionale des Beaux-Arts. Elle ouvre un atelier de céramique et donne des cours de sculpture........ Elle découvre dans les fermes du village où elle vit des matières différentes, elle récupère ce qu'on appelle des « cordes à faucheuses » qu'elle teint, pour créer ce qu'on nommera la Nouvelle Tapisserie révélée par la Biennale de Lausanne, dans les années 1980-1990. Elle réalise ce qu'elle appelle des volumes textiles pendant plusieurs années et participe aux expositions : Grands et Jeunes d'Aujourd'hui, au Grand Palais et Espace Cousu à l'UNESCO à Paris en 1975. Structures Textiles, aux Maisons de la Culture de Douai et Nevers en 1976. Salon de la jeune sculpture à l'UNESCO à Paris en 1977. Groupe Dialogue UNESCO à Munich, Marseille, Ajacccio en 1978. Vitrail-Tapisserie à l'Hôtel de ville de Paris en 1979, Structure Textile en 1983 et Tapisserie Contemporaine en 1984 aux biennales de l'Abbaye d'Ouville. Marie-Claude Quignon aime le hasard qui la mène au grès des rencontres et des matériaux à la découverte dans les années 1990 d'une valise remplie de vêtements d'enfants soigneusement enroulés dans journaux fascistes qui la renvoient à son enfance jalonnée de récits de guerre, racontés le soir par son grand-père comme autant de contes. Elle conçoit et expose en 1996, Bord de guerre I à la Maison de la Culture d'Amiens où elle trace sur le mur blanc les silhouettes de ces vêtements d'enfants face à une rangée de petites jambes de mannequins d'enfant en plastique opposant ainsi l'innocence des vêtements et ces petites jambes marchant au pas de l'oie faciste des années 1940. Elle part en 1996 dans le désert saharien rencontrer les réfugiés sahraouis, ex-nomades sédentarisés de force, qui élèvent leurs chèvres dans des enclos faits de débris trouvés le long des pistes et gardent leurs valises prêtes pour un hypothétique retour. À la suite de ce voyage, Marie-Claude Quignon conçoit l'installation Bord de Guerre II exposée en 1999 Au Channel à Calais : Elle figure des enclos à chèvres, faits de tôles bitumées noires, un matériau pauvre de chez nous. Dans ces enclos elle entrepose des valises recouvertes de goudron, des étiquettes humanitaires de corned beef « Don de la France », des photos de disparus, des poireaux frais. A travers ces objets l'artiste veut souligner une paix fragile, un départ sans cesse repoussé et une zone où la vie se vit au jour le jour, et où l'on montre aux rares visiteurs les carrés de poireaux, irrigués par le puits créé par une ONG, et les mines militaires, désamorcées et soigneusement alignées, fruit d'un conflit non encore résolu au Sahara occidental. 1001 bocaux, exposés une première fois en 1995 fut un travail de plusieurs années axé sur les femmes méditerranéennes. Elle voulait donner la parole à ces femmes, issues pour la plupart, du Maghreb, installées ici depuis des années et que nous connaissons mal. Des bocaux « Le Parfait » de 3 litres furent donnés à des femmes de Maubeuge, Roubaix, Tourcoing, Amiens, Noisy-Le-Grand, Beauvais, Lyon et Vienne lors de rencontres organisées par l'artiste elle-même. La Méditerranée est au cœur de notre culture, de notre histoire, c'est pour cela que chacune des femmes ayant reçu un bocal devait y mettre ce qu'elle souhaitait transmettre, donnant un ensemble hétéroclite mais cohérent sur la parole des femmes. Les Paysages Cassés, présentés à la Maison de la culture d'Amiens en 2016, sont ceux de Palestine, brisés par l'homme, abîmés par la guerre israélo-palestinienne. Ils rendent compte du quotidien des êtres, compliqué par un mur, un grillage, le manque d'espace… Marie-Claude Quignon, artiste engagée travaille la société dans laquelle elle vit et pose les questions politiques. Elle s'implique « modestement par l'art » au gré des rencontres en une protestation aussi visuelle qu'esthétique.
Augusto Rodriguès Da Costa (Maison de la culture d’Amiens 1998) dira :
« (…elle) évolue dans le paradigme de l'oubli. (…), elle prend les débris en marge de l'histoire, de notre histoire, pour les organiser autour d'un espace, les animer de sa propre lumière, leur donner une relecture capable de nous interroger sur la réalité de l'art face aux exigences de nos responsabilités.
Des traces d'événements tragiques survenus dans des espaces et temps différents, que ce soit en Picardie ou dans le désert Saharien, (…), arrivent jusqu'à nous, pour nous rappeler que « aujourd'hui » était déjà là « hier », que la dignité individuelle passe par la dignité collective et que l'homme nourrit ses faiblesses à force de les cacher. La réflexion sur l'art est aussi une réflexion sur l'oubli ou la banalisation de la mémoire que tend à installer et rassurer la "bonne conscience".
Marie-Claude Quignon est une artiste dont l'œuvre et la démarche sont profondément enracinées dans la collaboration et le dialogue avec des communautés diverses. Ses projets transcendent les simples interactions pour devenir des œuvres d'art riches de sens et d'humanité. Chaque projet est le reflet d'une rencontre unique, transformant les expériences vécues en créations artistiques.
En travaillant avec des groupes aussi variés que les résidents des quartiers d'Amiens-Nord et d'Étouvie, des mineurs du Nord de la France, des employés d'EDF dans la Somme et à Avignon, des vacanciers dans le Var, des paysagistes de l'Essex, des enfants handicapés dans l'Oise, la communauté du Familistère de Guise, de futurs agriculteurs en Thiérache, des détenues de la Maison d'Arrêt d'Amiens, des réfugiés d'un camp Sahraoui, des bénéficiaires du RMI, des femmes méditerranéennes, sans papiers, et des réfugiés palestiniens, Marie-Claude Quignon fait de chaque collaboration une source d'inspiration pour réinventer ses pratiques artistiques.
Cette capacité à embrasser et à valoriser les histoires individuelles et collectives, à travers le prisme de son art, souligne une démarche artistique ouverte et évolutive. Quignon ne se contente pas de capturer la réalité sociale et culturelle de ses interlocuteurs ; elle engage un dialogue créatif où l'art devient un langage commun, un espace d'échange et de transformation. Ses œuvres, en résultant, sont imprégnées d'une profonde humanité et d'une authenticité rare, témoignant de la richesse des expériences humaines à travers le spectre social et culturel.
2024 -Concept Store Gallery La Baule
M.Gaillard UPJV Amiens 2016 :
L'artiste Marie-Claude Quignon est née en 1949 à Amiens. Formée à l'école régionale des Beaux-Arts d'Amiens dans les années 1960-1970, elle choisit le parcours céramique qu'offre l'école. Issue d'une très ancienne famille de gressiers -les Quignon furent des Maîtres de la Confrérie Notre-Dame du Puy d'Amiens au XVIIe siècle -, elle fut entourée, enfant, par le travail de la terre et de la chaux. Elle se rappelle avoir réalisé de petits modelages d'argile, chutes de la confection du torchis. Saisissant cet intérêt précoce pour la terre, la confection d'objets et la céramique, ses parents lui offre des livres sur le travail de l'argile. Le don d'un four à céramique salue sa sortie de l'École Régionale des Beaux-Arts. Elle ouvre un atelier de céramique et donne des cours de sculpture........ Elle découvre dans les fermes du village où elle vit des matières différentes, elle récupère ce qu'on appelle des « cordes à faucheuses » qu'elle teint, pour créer ce qu'on nommera la Nouvelle Tapisserie révélée par la Biennale de Lausanne, dans les années 1980-1990. Elle réalise ce qu'elle appelle des volumes textiles pendant plusieurs années et participe aux expositions : Grands et Jeunes d'Aujourd'hui, au Grand Palais et Espace Cousu à l'UNESCO à Paris en 1975. Structures Textiles, aux Maisons de la Culture de Douai et Nevers en 1976. Salon de la jeune sculpture à l'UNESCO à Paris en 1977. Groupe Dialogue UNESCO à Munich, Marseille, Ajacccio en 1978. Vitrail-Tapisserie à l'Hôtel de ville de Paris en 1979, Structure Textile en 1983 et Tapisserie Contemporaine en 1984 aux biennales de l'Abbaye d'Ouville. Marie-Claude Quignon aime le hasard qui la mène au grès des rencontres et des matériaux à la découverte dans les années 1990 d'une valise remplie de vêtements d'enfants soigneusement enroulés dans journaux fascistes qui la renvoient à son enfance jalonnée de récits de guerre, racontés le soir par son grand-père comme autant de contes. Elle conçoit et expose en 1996, Bord de guerre I à la Maison de la Culture d'Amiens où elle trace sur le mur blanc les silhouettes de ces vêtements d'enfants face à une rangée de petites jambes de mannequins d'enfant en plastique opposant ainsi l'innocence des vêtements et ces petites jambes marchant au pas de l'oie faciste des années 1940. Elle part en 1996 dans le désert saharien rencontrer les réfugiés sahraouis, ex-nomades sédentarisés de force, qui élèvent leurs chèvres dans des enclos faits de débris trouvés le long des pistes et gardent leurs valises prêtes pour un hypothétique retour. À la suite de ce voyage, Marie-Claude Quignon conçoit l'installation Bord de Guerre II exposée en 1999 Au Channel à Calais : Elle figure des enclos à chèvres, faits de tôles bitumées noires, un matériau pauvre de chez nous. Dans ces enclos elle entrepose des valises recouvertes de goudron, des étiquettes humanitaires de corned beef « Don de la France », des photos de disparus, des poireaux frais. A travers ces objets l'artiste veut souligner une paix fragile, un départ sans cesse repoussé et une zone où la vie se vit au jour le jour, et où l'on montre aux rares visiteurs les carrés de poireaux, irrigués par le puits créé par une ONG, et les mines militaires, désamorcées et soigneusement alignées, fruit d'un conflit non encore résolu au Sahara occidental. 1001 bocaux, exposés une première fois en 1995 fut un travail de plusieurs années axé sur les femmes méditerranéennes. Elle voulait donner la parole à ces femmes, issues pour la plupart, du Maghreb, installées ici depuis des années et que nous connaissons mal. Des bocaux « Le Parfait » de 3 litres furent donnés à des femmes de Maubeuge, Roubaix, Tourcoing, Amiens, Noisy-Le-Grand, Beauvais, Lyon et Vienne lors de rencontres organisées par l'artiste elle-même. La Méditerranée est au cœur de notre culture, de notre histoire, c'est pour cela que chacune des femmes ayant reçu un bocal devait y mettre ce qu'elle souhaitait transmettre, donnant un ensemble hétéroclite mais cohérent sur la parole des femmes. Les Paysages Cassés, présentés à la Maison de la culture d'Amiens en 2016, sont ceux de Palestine, brisés par l'homme, abîmés par la guerre israélo-palestinienne. Ils rendent compte du quotidien des êtres, compliqué par un mur, un grillage, le manque d'espace… Marie-Claude Quignon, artiste engagée travaille la société dans laquelle elle vit et pose les questions politiques. Elle s'implique « modestement par l'art » au gré des rencontres en une protestation aussi visuelle qu'esthétique.
Augusto Rodriguès Da Costa (Maison de la culture d’Amiens 1998) dira :
« (…elle) évolue dans le paradigme de l'oubli. (…), elle prend les débris en marge de l'histoire, de notre histoire, pour les organiser autour d'un espace, les animer de sa propre lumière, leur donner une relecture capable de nous interroger sur la réalité de l'art face aux exigences de nos responsabilités.
Des traces d'événements tragiques survenus dans des espaces et temps différents, que ce soit en Picardie ou dans le désert Saharien, (…), arrivent jusqu'à nous, pour nous rappeler que « aujourd'hui » était déjà là « hier », que la dignité individuelle passe par la dignité collective et que l'homme nourrit ses faiblesses à force de les cacher. La réflexion sur l'art est aussi une réflexion sur l'oubli ou la banalisation de la mémoire que tend à installer et rassurer la "bonne conscience".

